Galerie du Folêtre
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Michel Vanosmael : Petite Galerie du «Folêtre»
Il faut encore que j'écrive !!! Ma peinture est pleine de cette écriture qui me
trahit. Et pour cela je la condamne à l'eau et à la couleur. Elle trébuche dans son cadre de papier et chute dans l'illisibilité; un assassinat littéral.
Et maintenant l'assassinat littéraire!
Depuis 1947, année célèbre subit mes cris désespérés d'avoir quitté l'oeuf maternel. Et le cri d'Antonin Artaud dans son "Van Gogh Le Suicidé de la Société" doit encore faire écho sur le ventre maternel tendu comme une toile avant la naissance de l'oeuvre la plus importante pour moi : ma vie, ou moi si vous préférez. Dans ses efforts libérateurs et par une canicule record ma mère sua dans ce vingt-deuxième jour du mois de juillet 1947. Qu'ai-je conservé de ces événements? Les cris, la crainte de la chaleur et un atavisme pour l'art de la vie la moins laborieuse.
J'ai donc entrepris de vivre, et d'occuper cette vie par des activités. Etudes, voyages, quelques gueules de bois, et même le mariage, et enfin un peu d'art pour ne pas effrayer les voisins avec mes besoins de crier.
Les débuts furent laborieux et sans grand intérêt. L'activité manuelle a toujours rencontré mes goûts et c'est donc naturellement que je me suis dirigé vers
les études de sculpture, non sans être passé pendant deux ans par le dessin. Monsieur Talmar m'enseigna la sculpture à l'Académie de Saint-Josse-ten-Node, commune de
Bruxelles.
Parallèlement et discrètement je mouillais des papiers avec de la couleur ou je transformais de la toile blanchie en toile colorée, avec parcimonie à certains moments. Quant à
l'agencement, le hasard s'en chargeait, tant il est mieux ordonné que moi.
Si je parle de Dotremont, Miro, Rothko, Kandinsky, Mondrian, leurs influences marquent mon travail actuel.
Mais aussi Antonin Artaud et son langage "scandé" et "musical", "onomatopéen". Dotremont dans l'écriture rapide et arabisante, Miro dans la poésie des couleurs, Rothko pour la centralisation des zones de couleur, Mondrian pour la fragmentation, et Kandinsky pour le merveilleux peintre théoricien et le moyen pictural comme abstraction, et Artaud pour le rythme, les mots en colonnes, les linéaires syllabiques et l'étrange beauté des dysharmonies littéraires.
Les mots, le langage parlé ou l'écriture sont l'abstraction par le discours qu'ils engendrent sans réellement atteindre l'idée. Ils sont une suite, une série, alors que l'idée a jailli, entière, parfois succédante, mais toujours a priori du discours y attenant.
Cela m'a
inspiré lors d'une soirée avec une amie qui s'exprimait par grognements en signe d'acquiescement ou de négation de peindre ces étranges et abstraits bredouillages. Un entrelacs de 'Hmrhmrhmr...'
noirs sur fond blanc, le tableau me convenait. À la vue de celui-ci l'amie grogna plus faiblement, aujourd'hui encore je ne sais si c'était de contentement. J'ai donc fait un tableau identique
mais en blanc sur fond blanc. Et pour faire apparaître faiblement le 'texte', je l'ai à peine saupoudré de pigment noir. Je réunis les deux tableaux dans un même cadre et l'ai offert à cette
amie. Je ne sais pas si elle grogne encore de ces jours-ci, et si les tableaux existent toujours.
Un autre amour réveilla cette tendance à écrire les émotions qui me tenaillent depuis longtemps avec une chronicité toute maladive. Celui-ci platonique fit fureur dans ma tête. Les vents d'été, en rafale, m'emportait dans une sulfureuse et suffocante déraison.


L'écriture se fit plus rapide plus déliée, épaisse et courte. Les couleurs copulatives couvraient le spectre des sentiments dans l'espace que délimitaient les mots fracturés. Et comme les mots n'avaient plus de sens, je redressai les tableaux et les intitulai 'Chute de mots'. Le message d'un moment se brouilla ainsi. Laissez s'exprimer par le geste le sentiment qui vous fait vivre à l'instant et alors seulement l'art intervient quand vous reculerez de trois pas pour évaluer la distance qui sépare encore l'émotion de l'oeuvre à accomplir. Même en sculpture.
Mes sculptures copulaires ou l'évocation du binaire, représentent la plupart du temps des humains en couple, rarement isolés. Si certains ont des bras c'est
plus par harmonie que par nécessité. Celles que je préfère ne disposent ni de bras ni de visage, elles ont ainsi l'entière liberté de se donner sans emprisonner, peut-être sans étreindre, avec
juste le désir qui s'exprime dans leurs positions. Elles ne s'agglutinent pas; leur corps se dépose comme une feuille voguant au gré des vagues d'un vent capricieux et délicatement prend contact
avec l'autre corps pour ne pas l'effrayer. Leur finalité est exprimée dans leur aspect sexuel. Elles exhibent effrontément leurs désirs dans la caricature de l'attribut
sexuel.
La tôle, le treillis, la terre, le plâtre sont le support des différentes
combinaisons des instants d'émotions. Je n'ai pas fini de chercher dans mes désirs l'élaboration de nouvelles formes et de nouvelles lignes...


Last update : 14/8/96
