Le 8 janvier 2010 à Sisteron
Tout a commencé le 7/1/2010 au soir. La neige annoncée n'a pas raté son entrée. 23H, sortis du cinéma, il est déjà difficile de circuler mais la féérie hivernale a son charme la nuit.
C'est au petit matin du 8 que le charme se rompt quand il faut se rendre au travail, à pied et sans glisser !
Le lotissement est enneigé malgré le passage du chasse-neige.
Bien tassée, la neige eut été probablement plus praticable que ces murs blancs devant les voitures.
Courage est pris, ainsi que le parapluie car la neige ne cesse de tomber.
Éviter de glisser et ne pas se faire renverser par les rares véhicules qui circulent, principalement des 4X4 équipés de pneus neige. Une voiture légère équipée de chaîne se fraie un chemin aussi simplement que s'il s'agissait d'une petite pluie.
La descente du Thor ressemble étrangement à la patinoire que des ouvriers sont en train de démonter depuis plusieurs jours, même tard le soir. Hier encore à 23h ils travaillaient malgré le froid et la neige.
Dans la descente on rencontre des naufragés de la nuit, des trop optimistes. Arrêtée là sur le bord droit de la montée, une voiture disparaît sous sa cape de neige et devant elle un arbre a chu et lui coupe la route.
On ne sait pas si l'automobiliste s'est arrêté à cause de l'arbre ou s'il a eu de la chance !
En tout cas il était arrêté avant le passage du chasse-neige et l'arbre semble être tombé sur le muret laissé par le chasse-neige !
Au bas de la descente, les gendarmes prévoyants dégagent leur véhicule de service, au cas où ! Tout au long de la descente, les gens se croisent et se saluent avec un petit sourire entendu de ceux qui affrontent ce que d'autres regardent par la fenêtre de leur chaude maison. La bonne humeur règne. Et si ce genre d'épreuve pouvait déclencher une vague d'entraide, de gentillesse et d'allégresse qui se déverserait sur l'humanité entière pour l'imbiber de ces vertus ?
Les commerçants ont ouvert, pas tous, mais ici le boulanger qui est debout depuis longtemps bien avant que cela devienne impraticable servira, avec le sourire et un petit mot, les clients emmitouflés qui ne se bousculent pas ce matin.
La rue de Provence, artère animée depuis des générations, elle qui connaît les doubles, voire triples files pour acheter un pain, un paquet de cigarette ou bien un paquet de beurre chez l'épicier, est désertée. Le balai blanc a évacué les voitures mal garées et les clients.
Et les voitures déjà stationnées ne sortiront pas de sitôt de leur emplacement !
La citadelle est invisible, disparue derrière ce rideau de flocons et la grisaille d'un jour de chute de neige. Juste les arbres en avant-garde de la citadelle nous indique que c'est sur ces pentes qu'elle se dresse d'habitude.
La ville et ses monuments, que les touristes figent avec leurs appareils photos et autres téléphones multifonction, gardent leur fierté devant ce tapis blanc.
Pendant ce temps à l'abri de l'objectif, le corbillard peine à monter vers le cimetière et doit confier son précieux faix aux quatre porteurs. A pied, lourdement chargé, suivi par un employé portant les fleurs, le cortège se hisse jusqu'au cimetière pour déposer avec respect le cercueil de celui ou celle qui n'ouvrira plus les yeux sur ce tableau blanc que la nature a peint pour les vivants.
Des drames, à relativiser selon chacun, se déroulent près de Montgervis. Un arbre sur le coteau derrière les bâtiments des arcades s'est déchaussé et s'est couché voulant emprunter le passage vers le musée du vieux Sisteron. Il a eu le sursaut de l'élégance de ne pas se fracasser sur l'arrière du bâtiment, évitant des dégâts plus importants pour la maison.
A Montgervis, les grands arbres ploient sous la neige qui leur colle aux branches et des craquements sinistres confient leurs plaintes aux passants. De temps à autre, ils baissent les bras et lâchent une branche plus ou moins grande pour se soulager le tronc.
La ville est silencieuse et seuls quelques marcheurs courbent la tête en guise de recueillement devant la puissance de cette nature qui a stoppé l'activité frénétique des boîtes métalliques qui transportent tant de notre vanité. La ville a le sentiment de flotter, elle a la sensation d'être légère, mais en son sein elle garde tous les secrets qui ne feront même pas taches sur la neige.
Je rejoins le chaud salon où je prendrai le thé russe avec un morceaux de galette des rois à la frangipane.

Je remonte et croise l'équipe qui déblaye la route des entraves végétales que les belles étoiles de neige nombreuses et généreuses ont malmené.
Rien à faire, la voiture ne quittera pas le hameau !



